JOSE ARTUR, UNE ENFANCE EN TOURAINE PENDANT LA GUERRE

Par Gonzague Saint Bris

 

C’était samedi matin sur le parvis de l’église Saint-Germain-des-Près à Paris l’hommage à José Artur : « Rassemblement silencieux pour le plus grand des bavards » auquel sa dernière compagne Patricia Righetti avait ajouté : « Libre à ceux qui l’aiment de porter comme lui, ce jour là, une écharpe blanche. » David, le fils de José Artur, invitait ceux qui voulaient l’accompagner de leurs prières dans son dernier voyage, à entrer dans l’église au son de la voix de l’inoubliable animateur du Pop Club.

Ils sont venus, ils sont tous là : Pierre Arditi, Jacques Attali, Frédéric Beigbeder, Patrice Blanc-Flancard, Pierre Bouteiller, Patrick Chesnais, Pierre Cornette de Saint Cyr, Bernard Debré, André Dussolier, Brigitte Fossey, Daniel Lauclair, Michel Legrand, William Leymergie, Macha Meril, Patrick Pelloux, Olivier Poivre d’Arvor, Patrick Tréjean, Lydie Trigano, Pierre Santini, Guy Savoy, et tant d’autres.

Lorsqu’il était à l’hôpital avant de rendre son dernier souffle, il n’a pas pu s’empêcher de formuler un ultime mot d’esprit : « Je suis puni par où j’ai pêché : je ne peux plus parler ! ». Peu de gens savent que José Artur, quand il était petit pendant la guerre, avait été recueilli par des amis de sa famille dans le Lochois, les Boulay de la Meurthe, célèbres par leur ancêtre Antoine, le rédacteur du Code Napoléon.

Quand j’ai débuté dans le journalisme, ma mère m’a montré son carnet de jeune fille avec la photo de José Artur à treize ans parmi celles d’autres amis qui se trouvaient tous en Touraine pendant la guerre, autour de Chanceaux-près-Loches, près de la ligne de démarcation. Admirateur de José, j’allais bientôt devenir l’un de ses proches et c’est alors qu’il n’eut de cesse de me dire qu’il voulait revenir au pays qui avait été, lors de l’occupation, celui de son enfance. Alors je l’invitai à Loches à présider la manifestation « des Montgolfières d’artistes » avec le peintre Jean Vérame et le couturier Jean-Charles de Castelbajac. Il me raconta alors que son compagnon Alfred Boulay de la Meurthe, dans la propriété duquel il était reçu, lui avait donné un jour un rendez-vous insolite au sommet du donjon de Loches pour lui parler confidentiellement « d’une affaire importante ». Je vois encore José Artur me mimer la scène. Il me dit : « Nous étions tous les deux debout face à face sur les hautes pierres du vieux donjon au dessus du vide. Alfred me dit alors avec un air un peu solennel : « Veux-tu te joindre à nous ? » Je lui répliquais : « c’est qui nous ? ». « La résistance » lui répondit Alfred qui à quinze ans y jouait déjà un rôle plus qu’important. Caché dans le grenier du château familial de Fretay, il communiquait secrètement par radio avec les membres de son réseau. On ne sut son rôle dans l’armée des ombres qu’après la guerre, quand il fut invité à se rendre à Londres pour être décoré par la Reine en personne. Alfred Boulay de la Meurthe était déjà un héros, lui qui deviendra plus tard le grand-père vénéré d’Adelaïde de Clermont Tonnerre.

Ainsi était aussi José, gardant son air spirituel au milieu des fracas de l’Histoire, déjà résistant à sa façon parce que toujours mutin. Toute sa vie il a excellé dans l’art de n’être jamais sérieux. Il n’admirait qu’une chose au dessus de tout, le sens de la réplique, l’art du mot juste qu’on jette au bon moment. Ses mots d’esprit il en a fait des tonnes, des titres et des livres. Au « Pop Club » il était le seul intervieweur qui parlait plus que ses invités… ses questions étaient si interminables que les réponses ne pouvaient être que brèves ! La femme de sa vie, Patricia Righetti, a été ses vingt-sept dernières années au spectacle quotidien de son esprit pétillant et quand approcha la fin de José Artur, elle s’est dit : « Il ne va tout de même pas me faire ça : s’éteindre le jour de mon anniversaire ! » Mais l’exactitude est la politesse des poètes et il lui a offert cet ultime hommage : rendre l’esprit le jour anniversaire de la naissance de sa bienaimée.

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