JEAN-YVES COUTEAU : IL INCARNAIT À LA FOIS L’AME ET LE COURAGE DE LA CULTURE

Hommage

 par Gonzague Saint Bris

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Photo de Frédéric Myss

Photo prise lors de la Forêt des Livres 2007  devant le château de Chanceaux :de gauche à droite Monseigneur Di Falco, Gérard Robert, Jean-Yves Couteau, G.S.B., P.P.D.A., Eric Fottorino. En bas de gauche à droite, Florence Belkacem, Macha Méril et Pierre Louault.

 

Quand Jean-Yves Couteau au milieu de sa grave maladie a été élu Président du Conseil Départemental d’Indre et Loire, j’ai vécu un des plus beaux moments de ma vie. En effet ce jour-là était rendue justice à la fois à sa compétence et à son courage, à son ouverture d’esprit et à sa détermination dans l’action en faveur des autres. Dans ce monde politique où rare est la vertu et invisible la reconnaissance, tout s’ordonnait de manière merveilleuse pour que soit salué par tous en une seule personne ce qui faisait de Jean-Yves un être unique, son intérêt constant pour les autres et son dévouement infatigable pour la plus belle des causes, celle de la culture pour tous. Je peux le redire aujourd’hui, comme j’ai toujours eu plaisir à le répéter sans cesse : La Forêt des Livres, qui a fêté ses vingt ans le dimanche 30 août 2015, ne serait jamais parvenue jusqu’à cet anniversaire ni jusqu’au grand succès de réunir près de 70 000 visiteurs autour de 200 auteurs dans un village de 150 habitants sans le soutien que lui avait apporté en pionnier, aux premiers jours, Jean-Yves Couteau alors Vice-président chargé de la Culture du Conseil Général d’Indre et Loire.

 

Cet amour de la culture, il le vivait dans les vêtements neufs de la création. Je me souviens quel metteur en scène il était quand, Maire adjoint chargé de la culture de Saint-Cyr-sur-Loire, il avait inventé ces fameux Soupers de la Perraudière où il mêlait son art de metteur en scène de théâtre au charme d’une veillée littéraire évocatoire des grandes figures de notre histoire. La subtilité de ses réparties, son amour éclatant de la vie et de la fantaisie qui transparaissait dans les artifices ingénieux de sa mise en scène, montraient les riches couleurs de sa personnalité toujours renaissante malgré les coups cruels que lui dispensait son cancer. Il était en même temps un homme de foi et l’exemple époustouflant de ce courage calme qui savait dominer la douleur. Comment a-t-il fait durant ces longs mois pour toujours être là, toujours être présent, toujours être à la hauteur ? Quand après la conférence de presse qu’il a donnée à Tours le 27 août avec Boris Cyrulnik, il nous a remis son éditorial pour le journal des vingt ans de La Forêt des Livres, je n’ai pu que le féliciter en admirant dans la valeur de ses mots combien les convictions de son cœur correspondaient à son engagement d’élu du peuple. Dans l’émotion, je ne peux que le citer pour lui rendre hommage. Voici ce qu’il écrivait de sa chère Touraine : « C’est une évidence dans cette terre qui vit naître Rabelais et mourir Ronsard, où Balzac vécut et fit évoluer nombre de ses personnages romanesques. La Maison de la Devinière, le Prieuré St-Cosme et le château de Saché résonnent encore de la présence de ces architectes de notre Culture commune dont les récits ont construit la pensée moderne. Le Département anime ces sites remarquables pour offrir au visiteur, érudit ou profane, un voyage dans leurs univers au travers de scénographies originales et d’expositions sans cesses renouvelées. La Touraine est riche d’un patrimoine exceptionnel qui nourrit l’imagination des artistes et des créateurs depuis des siècles. La Forêt des Livres est leur fille désormais adulte : elle célèbre aujourd’hui ses 20 ans avec la maturité d’un événement qui a fait ses preuves et l’ambition d’un avenir que nous souhaitons radieux. Le Département continuera de l’accompagner malgré la rudesse des temps à venir pour les finances publiques pour répondre à l’injonction d’André Malraux « la culture ne s’hérite pas, elle se conquiert ». C’est aussi vrai pour les individus que pour la puissance publique qui doit garantir à chacun un accès à la connaissance, à la découverte et à l’art. C’est pour cela que le public, les bénévoles et les invités de La Forêt des Livres répondent présents chaque année et pour cela que nous maintiendrons notre soutien à cet évènement qui enrichit nos consciences et fait vivre notre chère Touraine. »

 

Mais ce n’est pas tout, quatorze ans après avoir soutenu les débuts de La Forêt des Livres, Jean-Yves Couteau me soumettait l’idée de donner un deuxième festival littéraire à la Touraine en sa commune de Saint-Cyr-sur-Loire, la ville de Balzac enfant, de Béranger, de Bergson, d’Anatole France et de Bernard Clavel. J’acceptai avec enthousiasme cette invitation à donner à l’Indre et Loire une vie littéraire à deux vitesses du printemps à l’été et de Saint-Cyr à Chanceaux et nous vécûmes alors six ans de bonheur dans la fraternité partagée de l’amour de nos auteurs. Quelle image garderons-nous de Jean-Yves ? Un homme rayonnant et vaillant qui par amour des autres a su vaincre le mal.